MV-IC

MV-IC est un laboratoire de recherche-action artistique sur la Mémoire des Villes et les Imaginaires de la Catastrophe. MVIC rassemblent des artistes dans le cadre d’un processus poétique, un dialogue entre la recherche documentaire, le travail d’écriture et de plateau, afin de constituer une matière vivante et participative.

Les actions sont menés dans des villes traumatisées par des catastrophes naturelles par le passé.

MV-IC est un programme de recherches artistiques. Une recherche consiste à lancer une piste de travail, puis à chercher sans savoir encore ce qu’on va trouver. En tant qu’artistes, c’est une mise en question de nos propres cadres et formatages dont l’objectif est de déplacer ou de renforcer nos modalités d’écriture, afin d’ouvrir de nouveaux champs de pratique et scéniques, et de creuser la nécessité de ce que nous avons à dire et de comment nous pourrions le dire.

Le projet de MV-IC est de considérer la catastrophe comme une source de récits, un « espace-temps » générateur d’imaginaire en amont et en aval de l’évènement tragique. Un évènement qui unit tous les habitants d’une ville, du simple fait de leur présence dans cette ville.

Il n’y a pas de parti-pris politique ou urbanistique. Ce n’est pas non plus un travail sur le souvenir ou un chantier en faveur de l’oubli. C’est dans les interstices de ces notions que nous surfons.

Il s’agit de défendre notre croyance dans la puissance de l’imaginaire en terme de résilience, la capacité des artistes dans l’appropriation d’une mémoire qui ne leur appartient pas et la faculté d’une recherche expérimentale en arts de la scène à générer des interactions, à stimuler les mémoires individuelles et collectives.

OBJECTIFS /

Interroger l’espace/monde en mutation, en sonder les transformations en cours, observer la naissance continue du réel et de ses représentations par une expérience de rencontre entre arts, territoires et publics.

Développer les interactions culturelles entres deux villes, deux pays et deux cultures.

Créer un évenement in situ à même de questionner la mémoire d’une ville, de poser la question du souvenir et de nourrir la réflexion avec les habitants.

Générer un protocoles de « recherche-création » autour des villes traumatisées qui soient transposable dans des villes différentes.

Favoriser les coopérations entres artistes dans le cadre de résidences trans-disciplinaires détachées des enjeux de production.

REMPLIR LA NUIT – 2 MINUTES AVEC

C’était la dernière ligne droite pour la construction de notre prochaine pièce : Remplir la nuit. Une tragi-comédie post-apocalyptique qui résonne de manière particulière en ces temps particulier de Co-vid.

Un grand merci à l’équipe d’Yvann Alexandre pour leur accueil. Et rendez-vous si tout se passe bien en février pour les premières dans cette même salle.

Lien vers l’évènement : REMPLIR LA NUIT

Le vidéaste Phillipe de Villiers a réalisé une petite capsule vidéo pour garder une trace de notre passage :

2 MINUTES AVEC :

Cette semaine, Le Théâtre Francine Vasse – Les Laboratoires Vivants accueille en résidence la compagnie Biche Prod. / Guillaume Bariou + Soriba Dabo + Sophie Merceron + Nicolas Sansier + Ernest Mandap + Willy Cessa + Céline PerrigonRéalisation : Philippe Devilliers + Musique Générique : Lucas Bonfils

TEXTE DE LA PERFORMANCE : ELVIS VS GODZILLA (2019)

Voici le texte de la performance proposée en Novembre 2019 à l’institut Français d’Agadir et au Centre Culturel les étoiles du Souss.

1/ PART 1 // AGADIR 1960

De quoi dois je me souvenir ? 

Se souvenir de quoi ?? 

Agadir, 35000 habitants, 

répartis sur plusieurs pôles.

Une ville. 

Plusieurs noyaux.

Au nord, 

c’est Anza.

Avec ses conserveries, 

sa cimenterie, 

et la cité des ciments à côté

et puis les moulins du Littoral.

Un décor de western berbère

rattaché à Agadir

en 1956

Et bien avant les usines de poissons,

bien avant la cimenterie, 

bien avant les moulins du littoral, 

c’était un lieu de passage pour les dinosaures. 

On voit leurs traces, dans au moins 6 niveaux de couche de grès, 

à quelques mètres du rivage. 

On les voit à marée basse. 

Plus à l’est,

en haut du ravin de Tildi 

le village de Yachech….

Mais je dois commencer par le commencement, 

la première forteresse, 

portée par la montagne 

La kasbah : 

Agadir o fellah

Je parcours ses ruelles étroites, qui abritent des artisans, 

des artisans dont les échoppes s’encastrent à l’intérieur des murs de ses remparts.

La kasbah … 

et Sa fontaine

La kasbah et son théâtre de verdure …

La kasbah et … son jardin exotique…

Et au pied du jardin exotique, 

au pied de la montagne, 

en face du port. 

Founty

Founty, Le hameau de pêcheur, 

Je sens l’odeur de la mer et des poissons

je vois les camps militaires : Haida… 

et le camp Alibert

Et puis il y a ce grand palmier. 

Celui qu’on voit sur toutes les photos.

Après le ravin, c’est Le Talbordj 

Le quartier le plus  vivant, le plus cosmopolite.

Avec le souk al had au nord est

Côté plage l’immeuble consulaire à l’ouest et l’immeuble Sibra à l’est ,

tous les deux font 7 étages. 

Au centre, la place du commerce, avec la première gare routière d’agadir,

et plus bas la grande place du Talborjt

A l’est le quartier administratif

La police, les PTT, la municipalité.

Juste après le oued Tildi, 

La Ville nouvelle

avec son coeur historique, en forme de fer a cheval

je traverse rapidement l’Avenue Nicolas Paquet. l’avenue la plus « chic » de la Ville Nouvelle qui me conduit a l’Hotel Marhaba, avec son cinéma. Et son bar, whisky a gogo.

L’immeuble sud building, un des premiers a avoir un ascenseur. 

Y’a un immeuble qu’on appelle l’immeuble « tout va bien » a cause du café du même nom, au rez de chaussée 

Tout va bien.

est ce que « tout va bien » ? 

Vraiment ?

De quoi dois-je me souvenir ? 

La plage, et le front de mer

Une plage immense de sable fin

le café restaurant la réserve, avec sa vue panoramique sur la plage, ses barques et ses pédalos. c’estl’annexe de l’hôtel Marhaba. Les cabanons loués par la municipalité sur la plage. 

Un casino, en bois. 

Le club de Tennis. 

Le stade.

Je passe au quartier industriel

avec le quartier carré des abattoirs, L-battoir

et ses 4 portes d’entrées.

Ls ouvriers des usines qui y habitent

le quartier Boutchkat

délimité a l’est par la rue Meknes, a l’ouest par la rue d’Oujada, 

au sud par le cinema Salam 

PARTIE 2 // AGADIR MEMORY

La kasbah s’est un peu vidé de ses habitants 

La kasbah et ses petites ruelles 

et son théâtre de verdure.

Et le café maure, installé en surplomb, où on déguste des pâtisseries au miel et du thé fumant.

Au pied de la colline de la Kasbah

L’Ancien hameau de pêcheur, Founty.

Avec un grand café, chez « Boisseuil »

En contrebas, une plage grouillante de gamins

les petit baigneurs. Et les pêcheurs de poulpes.

Je vais chez un épicier en bas du camp, contre le mur du port.

M. Garcia ?

On a accès à l’épicerie par un chemin escarpé et glissant, le long de la route qui longe le port. 
Sur le comptoir, il y a d’énormes pots en verre remplis de bonbons.

La ville nouvelle, l’Hotel Marhaba, avec son bar, « whisky a gogo », qui ferme quand le dernier client a bu son dernier verre,

et son cinéma, à l’ étage.

Tout les jeunes aiment le cinéma, et on vient même de Yachech pour voir un film au Marhaba ou au Salam. 

Je traverse le quartier industriel et ses 50 conserveries.

Le quartier de la sardine. 

Au Talbordjt

Il y a un chanteur aveugle, Il est là tous les jours, devant le portillon de la villa du directeur de l’école musulmane.
De très tôt le matin jusqu’à la tombée du jour il chanten s’accompagnant du ribab.

Il y a aussi une pharmacie , la Pharmacie CENTRALE, située entre le souk et le bar « Au coq d’Or » dans la rue de la mosquée. 

Et derrière l’officine, Il y a une panthère qui fait des va et vient sans cesse. 

PARTIE 3 // LES FANTOMES 

LA KASBAH

important la kasbah. La base quoi.

Je me souviens. Mon père prend une photo et nous dit en cadrant la photos : « poussez-vous un peu, on ne voit pas bien la kasbah »

Je suis au sud du quartier industriel le cinema Salam 

ce soir est diffusé Godzilla, King Of the Monster 

J’ai lu quelque part que le premier costume de Godzilla avait été réalisé avec du béton. Ce qui est un peu étrange pour une créature sensée sortir des eaux.

Au Marhaba, ce soir c’est King créole avec Elvis Presley. 

De quoi dois-je me souvenir ?

A Yachech, il y ce personnage bien connu de tous, Da Hamou.

Il lave les tapis et les couvertures .

Il utilise du Rassoul, du saponaire et il lave en piétinant. 

Il exécute une sorte de danse 

avec ses jambes. 

En répétant un drôle de mantra 

« chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef chtef hitef ». 

PARTIE 4 // LE DOUBLE DE LA VILLE

L’immeuble A 

un terrain vague

le marché central 

Uniprix

un terrain vague

La marina

Bloc 13 

Bloc L 

Bloc K

Bloc E

Caserne des pompiers

Le marché de gros

le souk al Had

le quartier industriel et ses 5 ou 6 conserveries. 

L’immeuble D

La poste centrale

la cité administrative

la mosquée Mohammed 5

la banque du Maroc

L’hôtel de ville

Le mur du souvenir

de quoi dois-je me souvenir ? 

La ville nouvelle. Ou plutôt la nouvelle ville. Qui s’étend jusqu’au Oued Souss.

Agadir, Un million d’habitants, répartis sur plusieurs pôles.

Une ville. 

Plein de noyaux. . 

de quoi dois-je me souvenir ?

les dinosaures, Les surfeurs d’Anza, 

et leur terrain de vagues

le front de mer 

les hôtels all inclusive

des européens avec des bracelets a la main droite qui circulent dans la ville. 

La cité suisse.

Le STADE ADRAR. 

Le Hassania d’Agadir est bien préparé pour la nouvelle saison. 

Mais c’est quand même Casablanca qui remporte la coupe du trône.

Il y a du monde Quartier Dakhla. C’est la sortie des facs. 

De quoi dois-je me souvenir ? 

Je traverse la Cité administrative, à l’angle de l’avenue des FAR et de l’avenue Mohamed V. J’ai l’impression d’être dans le vaisseau de 2001, l’odyssée de l’espace, en version bétonnée. Je suis comme en apesanteur. Je flotte et je débarque près de la poste. 

Je tourne le dos à l’hôtel de ville et je vois le mur du souvenir, comme traversé par des failles. 

Je décide de boire un café dans le paisible Talborlt au café Izourane. 

J’ai faim. Je commande une brochettes,

Je suis dans l’ancien Talborjt 

c’est le soir 

j’attend un taxi … 

Très bonne odeur, le cumin je crois, 

et cette tendresse !

C’est peut-être du foie. Non en fait je pense que c’est de l’agneau.

Un touriste me parle : 

« pousse toi, pousse toi un peu on voit pas la kasbah. »

hop photo

photo encore. 

Je regarde à l’ouest

Je regarde à l’ouest et je vois un grand terrain vague

un grand terrain vague avec des tessons de bouteilles, des sacs plastiques, des déchets, comme autant de débris ressortis des eaux après un ouragan.

Je vois un camp de tentes pour des réfugiés

et au premier plan 

un enfant seul et terrifié. 

PARTIE 5 // MIXTURE MEMORIELLE

Au bas de la colline de la Kasbah 

Un grand terrain vague

« combien de temps cela dura t-il, 

dix secondes ? Plus ? Moins ? 

Ou fut ce sans temps – le temps ayant cessé, ayant perdue son étendue précise. »(Lundkvist)

« cette partie de la ville appartient désormais au désert voisin » (Khair Eddine)

Un homme erre dans le terrain vague et vaguement sacré de l’oued Tildi, il marche sur l’ancien Talbodjt, au bord du ravin. 

Il cogne une grosse pierre avec son pied 

« Ainsi vous êtes mon ancêtre ? Et cette pierre la-bas, ne serait elle pas ma grand mère ?». 

Il y a une invasion de sauterelles mais je n’aime pas le goût des sauterellesmême grillée et parfumée

Un type descend d’une carriole. Il accroche sa mule à une barrière. Il sort une hâche et commence à attaquer le tronc d’un palmier 4G près du Uniprix. Il y met toute sa force. 

Devant le mur du souvenir, une association Gadiri manifeste pour la création d’une statue géante en l’honneur de Godzilla, figure tutélaire du séisme, et dont le premier film, le japonais de 1954, a été le canot de sauvetage pour échapper au désastre. 

Aller au cinéma Salam ou mourir. 

Sur un des panneaux « Nous sommes tous des enfants de Godzilla »

et sur un autre « rendons au lézard ce qui appartient au lézard ».

Puis s’ensuit un débat houleux avec un jeune homme qui passait par là et pour qui Godzilla est bien au delà des notions du bien et du mal et qu’il n’a, je cite, « rien à foutre sur un piédestal ».

Quant à cette vieille dame en djellaba, elle pense que c’est justement un monstre marin qui est à l’origine du désastre. Un peu avant le séisme, elle a aperçu au large une lueur de type « halogènique » selon ses mots, et sentit une forte odeur de phosphore mêlé à une senteur de poissons morts. Elle affirme avoir vu une tête de serpent sortir de l’eau au moment précis ou la terre s’est mise a trembler. 

PARTIE 6 // ELVIS VS GODZILLA

Musique ELVIS – KING CREOLE 

Le mur du souvenir

de quoi dois-je me souvenir ? 

Se souvenir de quoi, 

Mon film en direct du cinéma Rialto.

Godzilla, l’enfant du japon, est revenu pour terroriser les rives du Souss Massa. La créature antédiluvienne en a fini avec la ville d’Agadir, devenue ruine sans printemps. Le tout sur une musique du King en personne. « King of the Monsters » VS « King Créole ». 

Cinéma Marhaba VS cinéma Salam. 

L’affiche du jour. 

Puis Godzilla, plus radioactif que jamais, trace sa route vers les rives d’Anza, décor de western berbère. A l’ouest, l’océan. De l’autre côté les montagnes. Rien de mieux a faire que de retourner à la mer en écrasant quelques dinosaures au passage. Plonger en provoquant un dernier raz de marée d’un unique mouvement de queue et tenter de se faire oublier. Tout a été si vite. Les habitants n’ont rien pu faire. Les soldats français non plus. On ne capture pas ce monstre. 

« Godzilla raids again ». 

Avec toute sa démesure primitive. 

L’homme n’a aucune prise sur lui. 

Un enfant crie que le monde entier est tombé et il a raison. 

Une odeur forte de poissons flotte au milieu des pierres et des corps. 

Le sol est constellé de sillons dans le Talborjt. 

« Quelle heure est il ? » 

Il est quinze secondes et quelques longues heures. 

« Combien de temps suis-je resté enfoui, a demi mort, avant de sortir dans ces rues, couverts de corps ? Le film est-il fini ? Où est passé le dragon ? »

« Il est parti » répondent en choeur tous les autres. Trouves des habits, pleures les tiens puis sèches tes larmes

et relèves tes manches. 

Et n’oublies pas de danser.

« de quoi dois je me souvenir ? »

j’arrête de me souvenir. 

Le printemps est revenu. 

Le printemps est revenu, 

Le printemps est revenu. Tout va bien.