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TRAUM-A session repérage AGADIR

Du 05 au 17 novembre 2018, Sofian Jouini et Guillaume Bariou sont partis à Agadir pour amorcer le travail autour de Traum-a. OBJECTIFS : découvrir la ville et son architecture, trouver des interlocuteurs et des soutiens sur place, enquêter sur le passé de la ville, sur sa mémoire, se documenter et lancer des pistes de travail, via l’écriture, la danse, la photo ou la video.

Intérieur du cinéma Salam – Rescapé du tremblement de terre de 1960

IMPRESSIONS //

Cela fait soixante-dix ans bientôt que la terre a recouvert d’un épais manteau minéral la vie qui grouillait là où l’Atlas plonge dans l’Océan Atlantique. Cela fait soixante-dix années que la vie a été stoppée nette à Agadir. C’était le 29 février 1960. Agadir, cette ville qui n’a rien d’une ville « fatale » , comme on le dit d’une femme dont la séduction opère au premier coup d’oeil, est une ville qui a réussi à se relever. Dernier port avant le grand désert du Sahara, elle ne pouvait que devenir immense dans un monde de réseaux, d’échanges et de vitesse. Agadir est à la fois une fourmilière, une ruche et une étape pour les oiseaux migrateurs. Une faune bigarrée foule aujourd’hui cette région du Souss-Massa. Des marocains de tout le pays viennent y mener leurs activités. Les gens du sud, les Sahraouis, viennent y faire leurs études et travailler. Les « hirondelles » européennes viennent y couler une retraite heureuse, ensoleillée et vitaminée. Les surfeurs du monde entier viennent glisser sur les ondes sans fin de ses spots, parmi les plus prisés au monde. C’est riche, c’est varié ; c’est un peu le chaos aussi. Un chaos à l’image de ce qui se passe en profondeur, dans le monde des failles. 

Elles sont cinq, elles parcourent le sous-sol d’une terre sur laquelle se sont érigés ces mondes imbriqués. Elles dorment et ronflent depuis soixante dix ans. Elles éternuent de temps à autre. Mais leur sommeil semble profond. Chut ! Il ne vaut mieux pas les évoquer, de peur de les réveiller, tout comme on réveille les djinns en prononçant trois fois leurs noms. Mieux vaut les oublier peut être, comme si elles n’étaient que le fruit de l’imagination des anciens. Les hommes et les femmes qui les connaissent, ces failles, il en reste bien peu. Ils crient dans le vacarme assourdissant des marchands et des klaxons. Ils crient qu’elles sont bien là, sous nos pieds, ces failles, et qu’un beau jour, elles se réveilleront à nouveau. On ne dort pas pour l’éternité. Mais ils sont bien vieux les gardiens du souvenirs, et la ville semble assourdie par le fourmillement des hommes. Peu d’oreilles pour entendre leurs paroles, peu de souvenirs pour les morts, malgré la présence de quelques lieux de mémoire. A Agadir, la planète semble pointer un endroit où les échelles humaines, minérales, géologiques se croisent. La Nature est un livre, à lire, à imaginer, à respecter, et dont on ferait mieux de se souvenir.

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